L’ego s’en va en guerre… A quand le calumet de la paix ?
Mireille Toulotte-Henriet - Blog - L'ego s'en va en guerre... A quand le calumet de la paix ?

Rentrée agitée, aux couleurs feu de la colère.
Où que l’on regarde, ça revendique, ça conteste, ça hurle, ça castagne, ça tue.
L’humanité est fatiguée, l’humanité est révoltée, l’humanité cherche une issue à son mal-être.
Elle est où l’issue ?
Dans ma perception, elle est avant tout dans l’intériorité, dans le chemin de conscience, dans le recul de l’ignorance.
Je vous propose dans ces quelques lignes un éclairage parmi d’autres, pour faire ma part de colibri en ce jour, en transmettant ce qui m’a été transmis.

LE MONDE DE L’EGO, OU LA GUERRE INEVITABLE

Il me revient les paroles de Gitta Mallasz, scribe des « Dialogues avec l’ange », devant l’actualité du journal télévisé : « Il y a sur terre deux grandes cuves relationnelles, la cuve de la paix et la cuve de la guerre, laquelle vas-tu remplir ce soir ? Car il suffit d’une seule petite goutte pour qu’en finalité une cuve déborde, et donc en vérité, la guerre là-bas se joue ici dans ton salon…« .
De jolis mots.
Descendons dans un peu plus de concret…

L’ego est une construction nécessaire à la santé mentale, bâtie sur la conviction que nous sommes séparés d’autrui.
L’ego repose sur une série de croyances issues de notre histoire, qui nous donnent à penser « je suis ceci et pas cela ».
L’ego, tel un hamster dans sa roue, tourne sans arrêt autour des mêmes thématiques, en s’imaginant qu’il avance, que les choses changent, que demain sera différent d’hier.
L’ego répète, il est bâti sur la logique de la prophétie auto-réalisatrice.
L’ego se vit terriblement imparfait, et ne cesse de vouloir se corriger, se transformer, se parfaire.
Son carburant est le jugement.

Et pour clarifier mon propos…
Petit tour de carrousel en quatre temps !

1/ Je me vis séparé.e 
Je suis loin de l’autre

De fait, je me sens seul.e sur terre.
J’ai peur, je ne peux pas (sur)vivre sans l’autre.
J’ai besoin d’amour, j’ai besoin de l’autre.
J’ai besoin de me sentir (ré)uni.e, aux personnes qui m’entourent.
Mais je ne suis pas ce qu’il faut, je l’ai lu dans le regard de l’autre…

Je suis une fille et maman voulait un garçon ; je ne suis qu’une fille.
Je suis l’enfant de l’amant de maman ; je ne suis qu’un bâtard honteux.
Je déteste l’école et papa rêvait d’un fille médecin ; je ne suis qu’une bonne à rien.
Je suis un ado timide moqué par ses potes ; je ne suis qu’une lopette.
Etc…

Si je ne trouve pas une issue, je vais devenir dingue.
Je suis imparfait.e, tel.le que je suis je ne peux être aimé.e.
Cette croyance qui me définit doit être contrée, coûte que coûte.
Je dois éliminer cette tare, ou au moins tout faire pour la planquer.
L’autre originel m’a jugé.e, et j’ai fait mien ce jugement.

2/ Je me vends 
Je fais pour l’autre

J’adopte des comportements, qui je l’espère vont modifier la donne.
Je vais me vendre, pour obtenir de l’autre l’amour dont j’ai besoin.
Parce que dedans c’est clair, il y a un juste un grand vide qui m’angoisse.
J’agis de manière intéressée, pour avoir un retour qui me nourrira.
Et je découvre qu’il y a bien des manières de me vendre…

Me transformer en vrai garçon manqué ; pour voir sourire maman.
Gagner toutes les médailles qui brillent ; pour que maman oublie ma bâtardise.
Défier l’autorité à l’école où je suis nulle ; pour voir la fierté dans les yeux de mon soumis de papa.
Me faire petit tout petit, limite disparaissant ; pour éviter d’être chambré.
Etc…

Je suis soulagé.e, j’ai trouvé un bon filon !
Ça marche, j’évite d’être ce que je craignais.
Ca ne marche pas si bien finalement, j’en fais plus encore.
Ma solution devient un problème, elle ne me ramène pas l’amour escompté.
Je me juge de m’être vendu.e.

3/ Je me révolte 
Je fais contre l’autre

C’est fini de me vendre, pour des miettes d’amour et des problèmes en plus.
Tout ça à cause de cet autre, pour qui je me suis tordu.e en vain.
Révolution, à bas tous les cons et vive moi !
A défaut de faire l’amour, je m’en vais faire la guerre.
Et je découvre plein de manières, de régler mes comptes…

Aligner ma mère cette chochotte avec des mots durs ; pour lui faire mal.
Mépriser l’air de rien ma mère du haut de mes diplômes ; pour l’humilier.
Me faire renvoyer de l’école ; pour taper la honte à mon lâche de père.
Ne plus me nourrir et dépérir ; pour culpabiliser en silence tous ces cons.
Etc…

Putain que ça fait du bien, de cogner sur l’autre !
Par une sombre voyance animale, je vois clairement la faille de l’autre.
Je me restaure dans ma valeur, par la colère.
L’imparfait.e ça n’est pas moi, c’est limpide.
Je juge l’autre plein pot.

4/ Je me sépare 
Je fais sans l’autre

Je pique ma crise, je me coupe de cet autre qui m’a fait du mal.
Je ne pouvais plus supporter cette souffrance, arrivée par sa faute.
Qu’est-ce que je suis bien tout.e seul.e, sans pression !
Tout compte fait, je m’aime assez que pour me passer de l’autre.
Mieux vaut être seul.e que mal accompagné.e, et pour me barrer j’ai plein d’idées…

Bouder ma mère pendant des mois ; tout ce qui l’insupporte chez une fille.
Ne pas participer au réveillon de Noël ; ils sont vraiment tous trop cons.
Coller le meilleur pote de mon père ; plus rien à foutre du daron.
Me faire chouchouter à l’hôpital ; loin de ces salauds qui me houspillent.
Etc…

J’ai trouvé une solution pour dégorger la violence, qui m’envahissait.
L’espace d’un moment c’est le soulagement, j’ai la paix.
Evidemment au passage, j’ai tué l’autre symboliquement ou réellement.
Je me demande ce qu’il peut bien penser de moi, même si je m’en fous.
L’autre risque de me juger, mais j’ai bien fait.

1bis/ Retour à la case départ
Ça s’arrête quand ce bazar ?

Et merde, je me sens à nouveau seul.e sur terre.
J’ai peur, je ne peux pas (sur)vivre sans l’autre.
J’ai besoin d’amour, j’ai besoin de l’autre.
J’ai besoin de me sentir (ré)uni, aux personnes qui m’entourent.
Mais je ne suis pas ce qu’il faut, je l’ai lu une fois encore dans le regard de l’autre…

Je ne suis qu’une fille ; et en plus rancunière et pathétique.
Je ne suis qu’un bâtard honteux ; je n’ai pas de place dans cette famille.
Je ne suis qu’une bonne à rien ; mon père ne me calcule plus.
Je ne suis qu’une lopette ; je me suis débiné devant eux, la honte.
Etc…

LE MONDE DE LA CONSCIENCE, OU LA GUERRE EVITABLE

Et on s’étonne vraiment que le monde flambe, de tous les côtés ?
Quant à l’intérieur de chacun.e de nous, c’est la guerre permanente ?
Quand nous ne cessons de (nous) juger, et de (nous) tabasser ?
Quand nous ne pouvons pas nous supporter, en vérité ?
Quand nous traversons le monde conditionné.e.s, par des croyances ?
Quand nous ignorons où se niche, le foyer de cette guerre incessante ?

Nous voyons dans le monde ce que nous croyons, dans notre petit monde.
Nous créons le monde, à l’image de notre monde.
Si nous voulons que le monde change, il nous faut changer de regard sur notre monde.
CQFD.

Alors, comment on descend du carrousel concrètement ?
C’est sans issue, tout ce cirque ?
Non, il existe une porte de sortie.
Grâce au super cadeau offert à l’humanité, j’ai nommé la souffrance.
On profite de la douleur de trop, celle qui nous conduit à nous dire « ça n’est plus possible, il faut vraiment que ça s’arrête ! ».
Alors de fait, on s’arrête.
On fait une pause, on se pose.
On recule d’un pas, et on découvre le pot aux roses.
Ou plutôt, le manège fou de l’ego.

On découvre comment on passe sans arrêt par les mêmes attractions, dans une logique implacable de répétition.
On observe consterné.e, que nous sommes les créateurs de notre malheur.
Mais au début c’est l’ego jugeant qui observe l’ego, ça fait encore plus mal.
Cela nous donne la force de passer un autre cap, pas le choix.
On découvre comment tout cela s’est installé, et que nous sommes innocents.
On explore les contrées du passé, qui nous ont fait entrer en humanité.
On commence à avoir un peu de bienveillance pour soi, un tout petit peu.
On commence à observer avec un peu d’amour, nos comportements.
On se met à investiguer en vérité, ces croyances qui nous collent à la peau.
On voit se détricoter, ces identifications qui nous conduisent à la guerre.
Le cercle vicieux s’arrête, sous La Lumière de La Conscience.

Alors on découvre en soi, un nouveau monde.
Un tout autre monde.
Un monde fait d’accueil, de bienveillance, de compassion.
Et c’est un début de paix véritable, qui se dévoile.
Et c’est la couleur de l’âme, qui se révèle.
Un cercle vertueux en quatre temps émerge, fait d’(e) (ré)union.
Et là-bas tout au fond, on perçoit un silence infini.
On découvre une Présence, douce et aimante.
Et la guerre enfin, peut reculer.
Il est l’heure de fumer, le calumet de La Paix.
Le voyage au cœur de Soi continue, mais le paysage a bien changé.

Nous y reviendrons, à une autre occasion.

Mireille