Week-end pascal pluvieux et tempétueux, avant d’être lumineux…
Temps de rappel de la mort, du silence, de la renaissance christique.
Pourquoi diable avoir envie d’écrire autour du plaisir aujourd’hui ?
A cause de La Joie pardi !
De La Joie toujours là, quelle que soit notre météo intérieure du jour.
Même si parfois, comme le soleil, elle semble bien cachée derrière les nuages…
LA JOUISSANCE BRIDEE
Hier dans la salle d’attente chez le médecin, une image m’interpelle…
Deux lignes parallèles et bien différentes de dessins d’enfants : la première, celle de chanceux poussins qui passent moins d’une heure par jour sur les écrans ; la deuxième, celle de pauvres lapins malchanceux qui y consacrent de leur côté plus de trois heures.
Constat navrant de l’impact des écrans sur le développement des petit.e.s humain.e.s en 2025, et au passage, une brise de jugement souffle sur ces mauvais parents, à cause de qui tout fout le camp. Quelques secondes plus tard, me voici compatissant à leur sort, me rappelant combien il peut être reposant, par moments, de déléguer l’éducation à des émissions.
Les pensées passent…
Un ange passe…
Les cloches ne sonnent pourtant pas encore…
Me reviennent ces nombreuses heures passées petite fille devant la bonne vieille télé d’antan, heureusement compensées par toutes celles écoulées le nez dans un bouquin, même si ces dernières n’auraient vraisemblablement pas suffi à me permettre de réaliser un joli dessin, validé par les spécialistes de l’éducation.
C’est qu’il ne suffit pas que l’intellect se mette en mouvement correctement, pour que la maturité psychique se déploie comme il se doit ! Les livres, comme n’importe quoi d’ailleurs, peuvent devenir des objets d’addiction, ce qui nous empêche de goûter sereinement au plaisir.
Vous en doutez ?
Je vous propose de ne pas avoir la foi, de vous faire un super shoot d’œufs de Pâques en chocolat de toutes les couleurs et saveurs, et de vérifier le résultat. Un p’tit foie engorgé, rien de tel pour revenir les pieds sur terre, vite fait bien fait !
La jouissance débridée, car non bridée par de saines limites, relève de la pulsion de mort, dixit la psychanalyse.
Et flambent les dépendances en tous genres, dans une société où la fonction paternelle étant devenue has been en même temps que le patriarcat, le hors limites se déploie joyeusement de partout, embrasant la planète entière de violences en tous genres.
Que sont les pères devenus ?
Ceux qui nous aident à nous séparer de la mère, quand il est l’heure.
Ceux qui nous protègent de la noyade, dans les eaux matricielles du fusionnel.
Ceux qui nous apprennent à rencontrer nos pairs, avec respect.
Jouissons donc en toute impunité, de ce que l’on appelle « la liberté » !
Après moi, les mouches…
La planète malmenée, le climat déréglé, la dette explosée, l’eau raréfiée… demain je ne serai plus là, n’est-ce pas ?
Vite vite vite, jouissons avant de disparaître dans le néant angoissant de la mort puisque c’est sûr, Dieu a trépassé, emportant avec lui l’espoir d’une autre vie.
Résultat ?
Perversion, psychopathie, psychose, passages à l’acte violents, angoisse massive, burn-out, dépression… les cabinets des psys ne désemplissent pas, depuis que la modernité se veut libérée de toute contrainte, de toute obligation, de toute responsabilité.
Modestes bastions de sens au milieu de la tourmente, ces espaces où la parole en vérité vient se déposer par la grâce d’une écoute silencieuse et respectueuse, sont précieux. Comme sont précieux tous les temples et monastères ou des êtres consacrent leur vie à méditer et à prier, résistants audacieux face à la folie d’un monde où seule la rentabilité du faire et de l’avoir est valorisée.
Psy ou spi, peu importe, pourvu que quelques repères élémentaires continuent à exister pour remettre chaque chose à sa place, et l’ordre des choses en place.
Tenir posément la bride du cheval fougueux des pulsions permet, en vérité, de se balader plus sereinement et plus joyeusement sur les routes de l’existence.
Cela s’apprend.
Cela peut donc se transmettre.
Cela répare et guérit.
LE PLAISIR LIBERE
Le diktat du « tout tout de suite » emprisonne le plaisir de vivre dans une cage aux barreaux dorés.
Mon grand-père me répétait souvent que tout ce qui brille n’est pas d’or…
Pour s’en rendre compte, il suffit d’une manière ou d’une autre de s’arrêter, de respirer, d’écouter, de tourner la caméra vers soi.
Alors le plaisir emprisonné peut petit à petit se libérer.
Alors le plaisir malmené peut délicatement se réparer.
Alors le plaisir juste peut doucement se révéler.
Au siècle dernier, Bruno Bettelheim mettait les contes de fée sur le divan et nous expliquait comment l’enfant, en s’identifiant aux trois petits cochons, pouvait peu à peu passer du principe de plaisir au principe de réalité, faisant ainsi la nique au grand méchant loup de l’avidité et de la destructivité.
Des œufs au chocolat mon enfant tu mangeras…
Mais pas tout à la fois !
Sinon d’une crise de foie, de fait, tu le payeras.
Et si vraiment tu ne comprends pas, c’est l’expérience d’une vie en bonne santé, que tu y laisseras.
L’apprentissage de la frustration et de l’aptitude à postposer la satisfaction en prenant en compte les exigences du réel, qui n’est guère tendance aujourd’hui, constitue en vérité une étape essentielle à la construction d’un Moi sain et structuré, garant d’une bonne santé mentale et d’une capacité à bâtir une vie d’adulte digne de ce nom.
Une adolescente, rencontrée en consultation cette semaine, me remet une fois encore devant l’impérieuse nécessité de respecter chaque étape du développement psychique en corrélation avec le développement physique, pour pouvoir inscrire un jour ses rêves et idéaux dans une réalité tangible, sous peine de beaucoup en souffrir.
Le plaisir juste, c’est notamment celui qui, ajusté aux possibles et impossibles proposés par notre corps, permet de s’épanouir au mieux dans les enjeux du moment. Quiconque se précipite ou tarde exagérément risque de louper le coche, et de céder plus facilement aux sirènes d’un transhumanisme possiblement fascinant, car promettant monts et merveilles, jusqu’au jour douloureux du réveil.
Certes, il est ou sera bientôt possible sur cette terre… à dix ans, de se maquiller comme un.e trentenaire affirmé.e, quel que soit son sexe de naissance ; à vingt, de faire fortune sur les réseaux sociaux, en vendant une pseudo-sagesse saupoudrée de publicité ; à trente, de faire la fête jour et nuit comme un.e ado et d’enquiller sur une journée de boulot, par la grâce de la cocaïne ; à quarante, de circuler entre FIV et GPA pour avoir droit, comme tout le monde, à cet enfant qui n’arrive pas ; à cinquante, de squeezer ménopause et andropause dans les bras d’un jeune éphèbe ou d’une lolita ; à soixante d’avoir le visage plus lisse que celui d’une jeune fille en fleur, et le cheveu plus fourni que Samson grâce à des implants capillaires ; à soixante-dix, de devenir président d’un royaume quel qu’il soit, pour se sentir vibrer de l’intensité vivifiante d’autrefois ; à quatre-vingts, de faire cloner et remplacer ses organes fatigués, histoire de se faire croire qu’on peut vivre pour l’éternité.
Mais un jour ou l’autre…
D’une manière ou d’une autre…
Le glas de la souffrance nous réveille(ra)…
Alors, soyons fous !
Et réhabilitons les garde-fous…
Retrouvons le plaisir de ne pas déguster de fraises en hiver, pour savourer pleinement l’approche de l’été.
Goûtons le plaisir de faire un bonhomme de vraie neige tant qu’elle est encore là, et les nouveaux plaisirs de l’hiver quand elle aura disparu.
Eclatons-nous en jouant avec les enfants à la console et en visionnant un bon film dans la foulée, et sourions quand ensemble nous scrollons.
Acceptons sereinement nos rides de sagesse lumineuses, pour que nos enfants cessent de jouer aux grands avant qu’il ne soit temps.
Ayons le courage de nous incliner devant les impossibles que nous rencontrons, pour profiter pleinement de tous les possibles qui les accompagnent.
Réjouissons-nous de disposer d’un ego en guise de système de défense, pour nous protéger de la folie.
Profitons de toutes les réussites matérielles, affectives et sociales qui font du bien à l’estime de soi, avant de revenir à Soi.
Vibrons pleinement du désir de nous libérer des attachements aux plaisirs de l’ego, pour cesser de souffrir inutilement en refusant ce qui est.
Ayons pleinement confiance dans le fait que le plaisir, là, maintenant, nous conduit à Ce que nous sommes vraiment.
LA REJOUISSANCE PAISIBLE
Dans mon expérience, le plaisir juste émerge quand je me sens à ma juste place, ce qui m’a demandé d’intégrer pleinement les interdits de l’inceste et du meurtre, et d’accepter la différence des sexes et des générations.
A l’heure des thérapies brèves validées par l’Evidence-Based Medicine, ce bon vieux complexe d’Œdipe reste décidément très pertinent, pour s’y retrouver dans la confusion ambiante… une jolie église romane au milieu du village, solide car construite avec amour et patience, pierre après pierre, par tous ces cliniciens qui depuis un siècle, s’essayent à accompagner leur prochain.
Cela prend du temps, souvent, pour réorganiser notre être, et tout particulièrement à une époque où le matérialisme poussé à son paroxysme a rendu les egos bien fragiles et bien malades.
Sur l’axe horizontal de notre humanité, la temporalité de la guérison et de la réorganisation de notre psychisme est ce qu’elle est.
Sur l’axe vertical, ici et maintenant, tout est parfait, et je peux goûter à La Joie que Je Suis, qui est là, à zéro distance d’où Ca voit.
Tenir les deux axes à la fois, pour ressusciter comme Jésus, m’a toujours semblé un bon plan.
Ce matin, les cloches de Pâques sonnent allégrement.
Les anges enveloppent la terre de leur chant joyeux.
Le jardin, que mon généreux ami Christian aidé de la belle Marie a fait naître autour de la maison, fleurit de mille couleurs.
Là, tout de suite, maintenant…
Guéri ou pas.
Structuré ou pas.
Avec ou sans plaisir.
Avec de la vraie neige ou de la fausse.
En mangeant des fraises avant ou à l’heure.
Avec ou sans crise de foie ou de foi.
Il nous est possible de paisiblement nous réjouir.
Tout simplement parce que nous sommes La Vie.
Et que La Vie, c’est La Joie à l’état pur.
Il suffit, pour s’en rendre compte, de s’arrêter un instant.
De faire le vide, un peu, beaucoup, passionnément.
Et même pas du tout, à dire vrai, car au bout de la course de plus en plus folle du faire, il y a le rendez-vous sacré avec l’épuisement et l’effondrement.
Qu’on le veuille ou non, on ne peut pas éviter de se rencontrer !
Christ est ressuscité, et nous sommes tou.te.s convié.e.s à en faire de même.
Dieu, La Présence, Le Père est partout.
Belles fêtes Pâques à vous tou.te.s !
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